Conférence / Rencontre
Rachilde : une plume féministe ?
Bfm centre-ville - Auditorium Clancier
« Le juste milieu m’ennuie» se plaisait à rappeler Rachilde en 1952.
En adoptant le pseudonyme Rachilde, Marguerite Eymery (1860-1953) a cherché dès le début de sa carrière à jouer sur l'identité et à faire du masque un motif privilégié pour interroger la dimension naturelle et culturelle de l’être. Les titres de ses plus grands romans en disent long sur la dimension subversive de son œuvre : Monsieur Vénus, Madame Adonis, L’Animale, La Marquise de Sade…
Figure majeure de la littérature décadente, Rachilde est aussi à travers son salon et ses chroniques du Mercure de France, une des grandes influenceuses de l'esthétique fin-de-siècle, une femme émancipée mais aussi l’épouse rangée d’Alfred Valette, fondateur du Mercure.
Qu'on la surnomme Mademoiselle Baudelaire, Mademoiselle Salamandre ou encore la Reine des Décadents, elle est cette écrivaine dont la vie comme l’œuvre sont régis par l’ambiguïté du genre. Celle qui signait ses cartes de visite « homme de lettres », ne cesse dans ses écrits d'interroger les normes notamment sexuelles et sociales de la fin du XIXème siècle, au point que les études de genre ont vu en elle une pionnière en matière de féminisme. Pourtant Rachilde n'a cessé de revendiquer son antiféminisme, ne serait-ce qu'à travers son essai au titre éloquent Pourquoi je ne suis pas féministe ? Alors comment envisager ses héroïnes au caractère vindicatif et autoritaire, aux velléités de domination sans faille face à des hommes devenus leurs pantins ? Entre sexisme, féminisme, misogynie, l’œuvre et la pensée de Rachilde semblent porter de nombreuses contradictions. En lisant Rachilde, notre regard de moderne se heurte à un paradoxe qui invite à dépasser la dichotomie masculin/féminin loin de toute idéologie politique féministe, comme un défi lancé à la seule norme.
Marie-Gersande RAOULT est docteure ès Lettres. Elle a consacré sa thèse de Doctorat à une étude comparatiste entre Rachilde et son complice des lettres Jean Lorrain. Elle a publié de nombreux articles sur Rachilde (chez L’Harmattan, Garnier), est l’autrice de l’article « Rachilde et le dandysme » du Dictionnaire du Dandysme paru chez Champion. Elle a participé à de nombreux colloques internationaux, notamment en Amérique du Nord (université de Yale, Berkeley, Montréal, Ottawa…) visant à faire redécouvrir Rachilde. Elle a fondé en 2025, à Limoges, la Société des Ami(e)s de Rachilde dans le but de fédérer les chercheurs et lecteurs de l’autrice autour de projets communs visant à perpétuer sa mémoire. Ses travaux de recherche portent par ailleurs sur les écrits de résistance au féminin (littéraires, journalistiques et politiques). Elle mène actuellement des recherches sur Suzanne Césaire. Elle enseigne le français au sein de l’Académie de Limoges.
Docteure ès Lettres et enseignante, Nelly Sanchez a soutenu sa thèse sur L’Image de l’homme dans les œuvres romanesques de Rachilde et de Colette (1884-1939) en 2001, donnant ainsi à redécouvrir les écrits de cette autrice d’origine périgourdine. Elle a contribué à sa reconnaissance en multipliant les articles, les communications sur ses talents de romancière, de critique littéraire et de salonnière. A noter qu’elle a publié l’édition critique de La Fille inconnue (L’Apprentie, 2024) et du Démon de l’absurde (La Reine Blanche, 2025). Co-fondatrice de l’association des amis de Lucie Delarue-Mardrus, elle œuvre pour la relecture et l’étude des écrits féminins de la fin du 19e siècle et de l’entre-deux-guerres en s’intéressant à des figures emblématiques comme Renée Vivien, Daniel Lesueur, Georges de Peyrebrune ou encore Gabrielle Réval.
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